« Une histoire du cinéma… Deux histoires de chien… »

IMG_6254Pour la deuxième année consécutive, j’ai eu le plaisir d’être associée au projet de deux classes de CE1 de l’école Ferdinand Buisson d’Antony. Guidés par leur maîtresse, les enfants préparent un spectacle sur l’histoire du cinéma. L’an dernier, la couleur était le fil rouge des différents tableaux du spectacle, cette année ce sont les émotions. En lien avec le programme « Même pas peur » que les enfants devraient découvrir au cinéma le Sélect, nous avons lors d’une première séquence travaillé à partir du premier court métrage d’Abbas Kiarostami, « Le pain et la rue. »

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Synopsis : Un petit garçon doit ramener le pain à la maison. Mais comment faire pour éviter le gros chien qui lui barre la rue ?

En contrepoint de la peur suscitée par un chien, nous avons ensuite regardé un extrait du très beau long métrage de la réalisatrice Anca Damian, L’extraordinaire voyage de Marona, qui met en scène, cette fois-ci, la peur ressentie par une petite chienne. Après la lecture de l’affiche et le visionnement de la bande annonce…

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… les enfants ont exploré 57 secondes du film. Les voici …

   Les enfants, une fois de plus, ont dépassé nos attentes dans la pertinence de leurs remarques. La peur d’être à nouveau abandonnée par son maître déclenche chez Maronna des hallucinations, elle imagine que les immeubles se mettent à bouger pour l’encercler et l’emprisonner. La réalisatrice alterne des plans objectifs aux plans subjectifs pour que nous partagions les émotions de la petite chienne.

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Trois plans subjectifs présents dans l’extrait. Un « plan subjectif » est un plan qui permet au spectateur d’adopter le point de vue d’un personnage, comme s’il voyait à travers ses yeux.

La voix off nous permet d’avoir accès aux pensées de Marona. Deux voix s’affrontent à l’intérieur de son corps, l’une lui dit que son maître l’a oublié, qu’il ne reviendra pas, tandis que l’autre l’enjoint à se calmer, que l’homme va revenir… Un enfant fait le lien avec un film de Spiderman, lui aussi est écartelé entre deux voix intérieures représentées par un ange et un démon.

Si Le pain et la rue est tourné en prise de vue continue, L’extraordinaire voyage de Marona est quant à lui un film d’animation tourné « image par image ». Nous avons terminé la séance en réalisant une petite séquence animée pour comprendre par l’action la technique du papier découpé.

Capture d’écran 2021-03-09 à 17.40.21Voici la représentation par le dessin de la technique « image par image » et les deux séquences.

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Les enfants racontent leur deuxième séance.

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« Le voyage de Monsieur Crulic » de Anca Damian

Pendant des mois, enfermé dans la prison de Cracovie, Claudiu Crulic a dit et redit son innocence face à des autorités insensibles à sa détresse.                                                       En 2007, il est accusé d’avoir volé le portefeuille d’un magistrat polonais alors qu’il se trouvait en Italie lors des faits. Malgré ses dénégations il est mis en détention.  Pour forcer le mur d’indifférence qui l’entoure, il décide très vite de ne plus s’alimenter. Il en est mort. Jeune roumain de 33 ans, il était venu en Pologne pour travailler, il retournera dans son pays dans une voiture funéraire.

Son histoire aurait pu se terminer là mais avant de mourir il est transféré à l’hôpital civil de Cracovie et le médecin qui l’accueille est choqué par son état d’extrême faiblesse, il ne peut rien faire pour le sauver, c’est trop tard, mais il refuse de fermer les yeux et alerte la presse, un scandale énorme éclate en Pologne et en Roumanie. La cinéaste Anca Damian s’empare à son tour de cette histoire et transforme cet évènement tragique en un film d’animation puissant et lumineux.

La voix off qui ouvre le film est celle de Claudiu Crulic, il est revenu d’entre les morts pour être enfin écouté, c’est son point de vue qui structure le scénario. Au cours du film, un narrateur extérieur (Sandrine Bonnaire dans la version française) assurera un relais, Crulic n’est plus seul… Ces voix off sont très prégnantes et accompagnent une mosaïque d’images réalisées selon des techniques très variées du cinéma d’animation.


J’ai été particulièrement fascinée par l’utilisation des photographies qui sont un excellent contrepoint aux images peintes, la réalité et l’imagination s’entremêlent harmonieusement. Anca Damian joue avec brio sur les frontières entre les arts.

Anca Damian

Anca Damian était présente au cinéma le Saint André des Arts jeudi dernier. Après la projection de son film elle a échangé avec le public. Je trouve toujours passionnant d’entendre une artiste parler de son travail. Elle ne souhaite pas que son film soit perçu comme un film strictement politique, elle a voulu faire un film sur la mort, sur l’ambiance kafkaïenne de nos sociétés où la responsabilité des uns et des autres se délite. Elle a voulu que nous, spectateurs, soyons touchés au niveau émotionnel par son film. Dans le dossier de presse, elle affirme :

« Je crois aussi que le film est un spectacle : je veux que les hommes s’en réjouissent, qu’ils pleurent et qu’ils rient ensuite… Qu’ils soient meilleurs. Qu’ils en aient envie du moins. »

Je ne sais pas si je suis « meilleure » à la fin de la projection mais j’ai été tour à tour surprise, choquée, émerveillée, attentive, émue, impressionnée,  en un mot « impliquée » par les images et les sons qui nous ont accompagnés pendant les 73 minutes du film !