« Natures sauvages » avec la Petite École de Cinéma (76)
« Laissez-moi faire un petit aparté destiné aux parents. On peut se demander, nous adultes, pourquoi les enfants sont immunisés contre ce désenchantement. Pourquoi n’est-ce pas si difficile de leur rappeler que les animaux sont des créatures fantastiques ? Parce qu’en fait, on ne leur a pas encore enseigné l’idée de « Nature »: la nature au sens moderne. Cette idée produit un effet tout simple : si c’est naturel, c’est banal. La science l’a expliqué en terme de matière, de cause et d’effets, de forces physiques. C’est simple. Voilà la fable bizarre de la modernité : le surnaturel, ça n’existe pas, et le naturel, c’est banal. C’est bête et méchant comme des atomes et des molécules assemblés en loups, en abeilles, en arbres et en dauphins. L’idée de nature occidentale portée par certaines sciences est une grande puissance de banalisation de l’existant. Alors que toutes ces forme de vie autour de nous, nous inclus, sont miraculeuses. »
Pister les créatures fabuleuses, Baptiste Morizot, Les petites conférences, bayard,2025
Animer en début d’année scolaire l’atelier sur la thématique de la Petite Ecole de Cinéma c’est avant tout vivre une suite de rencontres.
Tout d’abord, rencontrer les élèves et leurs enseignants qui s’investissent dans ce beau projet. Cette année la première question qui ouvrait l’atelier était :
» Quels sont les images, les sons, les odeurs auxquels vous pensez lorsque vous entendez ces deux mots : Natures Sauvages ? «
Vous le devinez, les réponses ont été diverses, la nature qualifiée de « sauvage » n’est pas la même pour tous. Voici quelques réponses recueillies :
» La jungle, des plantes carnivores, des hommes préhistoriques, le chant des oiseaux, des choses horribles, le bruit d’une cascade, la rosée du matin, les feux de forêt, des bruits de feuillage, une forêt avec des animaux sauvages (tigre, renard, lion, léopard, serpent, sanglier), une forêt sans chemin… »
Après le recueil des représentations des élèves, nous leur avons proposé de réagir face à des extraits de films offrant un point de vue d’auteur sur cette thématique.
C’est avec le deuxième long métrage de Claude Barras, Sauvages, que nous avons commencé. La relation entre Keria et son jeune cousin Selaï n’a pas laissé les élèves indifférents. Comment un film inscrit dans une culture très spécifique, Les chasseurs-cueilleurs penan de la forêt de Bornéo, peut-il avoir une portée universelle ?


Film d’animation, film avec effets spéciaux, burlesque ou documentaire, peut importe le genre, chacun des films choisis interroge le lien entre les humains et les animaux réputés « sauvages ».




Pour les classes de cycle 2, L’Odyssée de Pi a été remplacé par le célèbre extrait de la rencontre entre Charlot et le lion dans Le Cirque. Quels sont les moyens du cinéma pour mettre en scène une rencontre à priori dangereuse pour les humains ?
Le très bel album de Brice Postma Uzel nous a permis aussi d’interroger la notion de point du vue en nous plaçant dans la peau du gorille, narrateur de l’histoire. Qui de lui ou du chasseur est le sauvage de l’histoire ?


Si toutes les classes vont travailler sur une thématique qui les rassemble, la diversité des points de vue et la diversité des territoires promettent une riche pluralité dans la réalisation des films. C’est une des particularités de ce beau projet d’éducation à l’image.

En cette fin d’année, les films réalisés ont été valorisés par des projections en salle de cinéma. Ils sont désormais accessibles sur la chaîne youtube d’Havre de Cinéma. Je vous invite à partager le plaisir de les découvrir.
