« Les voix du Fleuve » exposition de Constanza Aguirre

En ces temps de disette culturelle, quel bonheur de recevoir dans sa boîte mail l’invitation à l’exposition d’une artiste dont vous aimez particulièrement le travail. Je n’avais pas vu Constanza depuis notre entretien en 2015, elle m’avait alors reçue dans son atelier de Saint Denis. Elle travaillait à sa nouvelle série Les voix du Fleuve dont une sélection de toiles est exposée à l’espace Icare d’Issy-les-Moulineaux. Cette première rencontre avec le public est organisée par les artistes du collectif Ik-Art jusqu’au 27 mars 2021.

Constanza
Vue de l’atelier de Constanza Aguirre, toile en cours de réalisation, décembre 2015

Le fleuve colombien représenté sur les toiles de Constanza est le Río Atrató. Fidèle à sa démarche Constanza a accumulé des images, des extraits de film et des dessins effectués lors de ses voyages sur le fleuve avant de commencer son travail pictural.

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Je suis à nouveau marquée par la représentation de ces corps nus charriés par le fleuve. Constanza m’avait expliqué que ces cadavres sans nom, conséquence de la violence endémique qui sévit dans la région, sont pris en charge par les habitants des villages. Sans chercher à savoir s’ils sont victimes ou bourreaux, les habitants leur offrent une sépulture. Les combats entre groupes paramilitaires ne sont pas le seul fléau auquel doivent faire face les populations qui vivent sur les berges du fleuve. Le Río Atrató est le fleuve le plus pollué de Colombie. La déforestation et l’exploitation minière illégale ont profondément perturbé l’écosystème du bassin fluvial. Depuis 2017, la cour constitutionnelle a pris la décision de garantir les droits du fleuve et de ses habitants. Les tableaux de Constanza révèlent une crise environnementale et humanitaire qui la heurte dans une région possédant l’un des écosystèmes les plus diversifiés au mode.

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Si dans cette nouvelle série Constanza reste fidèle au noir et blanc avec toutefois quelques traces d’un galion rouge, témoins d’un repentir et de l’histoire des afro-colombiens, son travail devient de plus en plus figuratif. Toutefois chacun est invité à inventer sa propre histoire, Constanza nous rappelle, par le titre donné à la série, que les voix du fleuve sont multiples. D’autres fleuves devraient d’ailleurs rejoindre le Río Atrató. Avec cette sérieConstanza entreprend un travail au long court mené en solitaire et bientôt on l’espère en équipe. Un autre rendez-vous est pris !

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