Maxime Bessieres, photographe

Vue de l'installation "les portes" de Maxime Bessieres, photo de Marielle Bernaudeau, 9/01/13

Vue de l’installation « Les portes » de Maxime Bessieres, photo de Marielle Bernaudeau, 9/01/13

Un bout de terrain en chantier devant un immeuble tout juste sorti de terre, sept portes sont dressées comme des totems portant sur chacune de leur face une grande photographie énigmatique. On y voit des intérieurs vides, des bâches, des portes… Cette installation est l’oeuvre du photographe Maxime Bessieres. Depuis juin 2012, Maxime a emménagé ici. Il vit et travaille au coeur du chantier de rénovation de la Cité Rouge à Gennevilliers.

Les portes et le chantier, photo de Marielle Bernaudeau, 9/01/13

Les portes et le chantier, photo de Marielle Bernaudeau, 9/01/13

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai plusieurs identités (mais je ne suis pas un agent du KGB), je suis franco-guatémaltèque, j’ai 32 ans (on va dire 24)…J’ai fait des études d’anthropologie et de sociologie mais je n’ai jamais travaillé en tant qu’anthropologue. L’anthropologie est par contre une base de réflexion pour mon travail de photographe.

Qu’est-ce qui a été le plus formateur pour toi dans ton enfance ?

Ma grand-mère ( j’adore Mamie), elle est terriblement élégante ! La base de l’éducation est la famille. Elle m’a appris à être généreux. J’ai passé mon enfance à Guatemala City, je me souviens des troupeaux de chèvres qui se promenaient dans les rues…

Une image qui t’accompagne…

Ce sont quatre photos qui ont fait la couverture du livre «Nunca mas» sur la mémoire historique de la répression et du génocide subis par le peuple guatémaltèque au début des années 80. Le Guatemala a connu 36 ans de guerre civile.

Nunca mas

Nunca mas

C’est le cinéaste Sergio Valdés Pedroni qui m’a offert une affiche avec ces quatre photos. C’est lui aussi qui m’a donné mon premier boulot, à 16 ans je l’aidais à tenir un bar qui n’ouvrait que le lundi, on vendait quelques bières, des pop corn et surtout on projetait des films en 16 mm. Pedroni a réalisé les premiers documentaires sur les «maras», les «gangs», dans les années 90. J’ai toujours trainé avec des gens plus âgés que moi, j’aime l’idée de transmission. Il y a eu un prof chilien à la fac… Il y a le sculpteur Jean-Paul Reti qui m’a ouvert son atelier aux Frigos… Je sème des amitiés dans mon espace de travail.

Peux-tu nous parler des débuts de ta pratique photographique ?

J’en ai toujours fait un petit peu. J’ai fait des photos de voyage comme tout le monde. Pendant mes études d’ethnologie, j’ai eu un projet de 2/3 mois en Afrique. Pour réaliser une enquête en ethnologie tu as plusieurs outils, pendant ce séjour je me suis rendu compte que ce que j’aime vraiment, c’est faire des photos. J’ai fait aussi une école de photos (Speos) pour travailler notamment sur les éclairages, la lumière. Je suis passé peu à peu de l’ethnologie à la photographie. J’ai fait aussi un stage de 3 mois chez Magnum, j’y ai croisé Kudelka ! Pour mon master pro en sociologie du développement j’ai fait un stage de 6 mois à la FAO (Organisation des Etats Unis pour l’alimentation et l’agriculture). Mon mémoire portait sur les médias et l’humanitaire. En fait, j’y suis resté deux ans, j’ai travaillé avec le photographe Rein Skullerud, j’ai travaillé essentiellement au siège à Rome, à la gestion de la photothèque. Je viens de la photo documentaire, j’ai basculé ensuite vers une photo plus abstraite.

As-tu des influences artistiques ?

J’en ai plein ! Mais si je veux faire une expo avec ma copine, je préfère voir des expos d’art contemporain. Je ne me sens pas obligé de tout voir, tout connaître en photo. Duchamp, Marey, Artaud, Newton, Alvarez Bravo, Rio Branco, Godard, Gabriel Basilico… J’adore plein de trucs ! En 2002/2003 je suis allé aux mardis de la cinémathèque avec Jean Rouch, on allait ensuite manifester contre la fermeture du musée de l’homme…

Une petite photo de Marc Garanger est exposée au mur de l’atelier de Maxime. Ils ont exposé ensemble à Saint Geniès d’Olt ( Aveyron) pendant l’été 2009.

Peux-tu nous parler de l’origine du projet «Portes» ?

En 2009, j’ai été contacté par le groupe 3F dans le cadre du projet de rénovation urbaine de la Cité Rouge à Gennevilliers.  Ils m’ont commandé une série de portraits des habitants et des ouvriers du chantier. En parallèle à ces photographies fonctionnelles, j’ai eu envie de réaliser une pratique plus personnelle, d’avoir une réelle marge de liberté. J’ai commencé à récupérer des portes des appartements détruits, je pensais en faire des meubles… En 2012, j’ai emménagé ici, j’ai eu envie de dresser les portes en bas de l’immeuble, directement sur le chantier. Je ne savais pas trop ce que j’allais mettre dessus. J’aime bien qu’il y ait un temps de latence… J’aime bien aussi que les gens se posent des questions, les gens s’arrêtaient, ils ne comprenaient pas trop ce qu’elles faisaient là….J’ai décidé ensuite de coller des photos dessus. J’avais fait, lors du désamiantage des immeubles cet été, une série de photos très graphiques, abstraites. J’ai laissé dormir ces images pour pouvoir faire un choix que j’ai réalisé en décembre. Je me suis aussi appuyé sur une liste de mots …

rouge, éphémère, intense, photo-sculpture, land-art, street-art, récupération, démolition, habitat, rénovation, instant de vie, récit autobiographique, mythe imaginaire, rite de passage, avant/après, créatif, constructions identitaires

C’est important que l’art ne soit pas seulement dans les musées, les galeries, les lieux institutionnels. La symbolique de ce projet perçue par certains habitants dépasse mon projet artistique, les portes peuvent être perçues comme des stèles, une aide pour faire son deuil…Il y a aussi un équilibre fragile avec les ouvriers du chantier, l’installation peut les gêner, les portes bougent, l’installation évolue…

Tu es aussi formateur à «Itinérances photographiques»…

Oui, j’ai aussi enseigné dans des écoles privés, animé des ateliers avec des enfants… Je réponds à des commandes, on me demande de plus en plus des photos d’architecture. Je suis attiré par les chantiers, les lieux en devenir. Je suis en ce moment en train de scanner des photographies sur plaques de verre pour le Musée de l’Ecole de Nancy. Je peux aussi être assistant photographe… Ma pratique professionnelle est très variée ! Ma pratique personnelle aussi ! Je suis attiré aujourd’hui par le volume, par les installations. Je gagne ma vie en faisant ce que j’aime. Je m’amuse !

Gisèle Freund

Les goudronneurs, Paris, 1931

Connue pour ses photographies d’écrivains, Gisèle Freund est avant tout une femme engagée. Etudiante en sociologie et militante socialiste, elle fuit l’Allemagne Nazie dès 1933. Ce sont ses premiers pas de photographe (1933-1940) qui nous sont présentés dans l’exposition qui lui est consacrée à la Fondation Pierre Bergé / Yves saint Laurent.

Ses photographies sociales, notamment celles issues d’une série réalisée en Angleterre en 1935, sont exposées dans la première salle. Elles révèlent son empathie profonde avec des anonymes souffrant de la précarité, elles me touchent bien plus que son panthéon de célébrités. Je suis restée sur ma faim, j’aurais souhaité en voir plus !

Regardons maintenant les portraits d’écrivains qui ont fait sa célébrité. Cadre serré, en noir et blanc puis en couleurs, Gisèle Freund offre, aux écrivains qu’elle admirait, une image de leur personnalité .

Femme d’images mais aussi de mots, l’analyse de son propre travail est passionnant :         Très vite, je m’étais aperçue que pour faire un portrait naturel il fallait tout faire pour que la personne photographiée ne se rende pas compte de mon petit appareil. C’était un Leica, qui m’a accompagnée durant toute ma vie, un cadeau de mon père quand j’ai eu mon bachot. L’homme, et surtout l’écrivain, s’intéresse avant tout à son oeuvre. J’avais lu les ouvrages des personnes que j’ai photographiées et je pouvais donc commencer un entretien au sujet de leurs écrits. Très vite, ils oubliaient mon appareil et, c’est grâce à cette astuce, que je suis arrivée à faire des photos non posées. Et puis l’écriture me passionnait.           Préface du livre « Portrait d’écrivains et d’artistes »

Parmi ces visages sombres, sévères, majoritairement masculins, celui de Virginia Wolf se singularise. Gisèle Freund a capté la dualité de l’écrivaine : mélancolie mais aussi assurance, volonté, détermination.

Virginia Woolf 1939

Virginia Woolf 1939

Ecoutons encore Gisèle Freund parler de son travail :                                                            Le visage humain, les gestes familiers de chacun m’ont toujours fascinée. Le bon portrait est celui où l’on retrouve la personnalité du sujet et non celle du photographe. Ce qui compte à mon sens, c’est qu’on dise, devant une photographie:  » C’est André Malraux ou Virginia Woolf » et non  » C’est une photo de Gisèle Freund ».    « Mémoire de l’oeil »

En sortant de l’exposition, j’entre dans une librairie, mes yeux sont attirés par une couverture, c’est un roman graphique qui raconte la vie de Virginia Woolf. Le dessin de couverture semble faire la synthèse des photographies que je viens de voir. Les premières pages, aquarelles muettes, sont attirantes. La suite tient ses promesses !

Virginia Woolf de Michèle Gazier et Bernard Ciccolini

L’envie est là, des photographies aux livres, des livres aux photographies…

Gisèle Freund a légué plus de 200 photos à l’état français, elles ont intégré la collection en ligne du Centre Pompidou, une belle occasion de compléter la découverte de cette oeuvre singulière.

Agnès Varda, une grande dame !

 

photoJ’aime l’artiste, j’aime la femme ! N’attendez donc pas un article objectif sur la grande dame du cinéma français !

Agnès Varda était présente le week-end dernier au Capitole de Suresnes. Revoir sur grand écran «Les plages d’Agnès», écouter Agnès Varda, un plaisir qui ne se refuse pas !

J’aime la femme ouverte sur le monde, curieuse des autres, qu’ils soient mendiants ou fils de roi. J’aime la féministe, ce combat est toujours le sien. J’aime le couple de cinéastes qu’elle a formé avec Jacques Demy, on peut aimer un homme, fonder une famille sans renoncer à sa personnalité, à son travail. J’aime sa voix qui ponctue tant de ses films. J’aime sa passion des images qu’elles soient fixes ou animées. J’aime sa vie d’artiste, photographe, cinéaste, plasticienne…

La façade du collège Henri Sellier ( Suresnes) accueille jusqu’au 30 octobre des portraits qu’ Agnès Varda  a réalisés dans les années 50 lorsqu’elle était la photographe du TNP.

Qu’on ne se méprenne pas, Agnès Varda est riche de son passé mais son regard est tourné vers l’avenir, une exposition au musée Paul Valéry de Sète et une série télévisée sur les artistes contemporains sont attendues avant la fin de l’année.