{"id":2478,"date":"2013-06-03T16:48:14","date_gmt":"2013-06-03T15:48:14","guid":{"rendered":"http:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/?p=2478"},"modified":"2025-12-08T21:55:53","modified_gmt":"2025-12-08T20:55:53","slug":"marcos-uzal-critique-de-cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/2013\/06\/marcos-uzal-critique-de-cinema\/","title":{"rendered":"Marcos Uzal, critique de cin\u00e9ma"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Marcos me re\u00e7oit dans la pi\u00e8ce principale de son appartement. Des rayonnages de DVD, de livres et de revues tapissent les murs, une table dispara\u00eet sous une montagne de documents. Des jouets de construction laiss\u00e9s au sol par ses trois jeunes gar\u00e7ons\u00a0rappellent\u00a0que le lieu est \u00e0 la fois un espace familial et un espace de travail.<\/em><br><em>Pour Marcos, le cin\u00e9ma se d\u00e9cline sur tous les tons,\u00a0sujet d&rsquo;\u00e9tude et de travail, pratique amateur et professionnelle, plaisir personnel et objet de partage, partage de connaissance et d&rsquo;\u00e9motion &#8230;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Se pr\u00e9senter en quelques mots&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je suis avant tout cin\u00e9phile. J\u2019exerce plusieurs m\u00e9tiers li\u00e9s au cin\u00e9ma. Je suis \u00e0 la fois critique et programmateur. Je fais de la formation aupr\u00e8s de divers publics. J\u2019essaie aussi de r\u00e9aliser. Pour r\u00e9sumer, tout tourne autour des films : en voir, en montrer, en parler et peut-\u00eatre en faire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui a \u00e9t\u00e9 le plus formateur pour toi dans ton enfance ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Enfant, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s casanier, pas tr\u00e8s sportif. Lorsque j\u2019avais 13 ans, ma m\u00e8re m\u2019a inscrit \u00e0 un club photo. \u00c7a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif pour moi.&nbsp;Gr\u00e2ce \u00e0 la photo, je suis sorti de chez moi, \u00e7a m&rsquo;a donn\u00e9 une bonne raison d&rsquo;aller \u00e0 la d\u00e9couverte du monde qui m\u2019entourait et \u00e0 la rencontre des autres !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une image qui t\u2019accompagne &#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a un film que j\u2019ai d\u00e9couvert ado et que je revois souvent, que je connais presque par coeur : \u00abPartie de campagne\u00bb de Jean Renoir.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/critique-une-partie-de-campagne-renoir4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"597\" src=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/critique-une-partie-de-campagne-renoir4.jpg\" alt=\"&quot;Une partie de campagne&quot; de Jean Renoir, 1946\" class=\"wp-image-2502\" srcset=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/critique-une-partie-de-campagne-renoir4.jpg 800w, https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/critique-une-partie-de-campagne-renoir4-680x507.jpg 680w, https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/critique-une-partie-de-campagne-renoir4-402x300.jpg 402w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0Partie de campagne\u00a0\u00bb de Jean Renoir, 1946<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>C\u2019est l&rsquo;un des films les plus sensuels qui soient et en m\u00eame temps l&rsquo;un des plus m\u00e9lancoliques.<i>&nbsp;<\/i>Il reste mon film pr\u00e9f\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quel est ton premier souvenir de cin\u00e9ma ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait en Espagne, dans une tr\u00e8s grande salle. Je devais avoir trois ans. Je me souviens d&rsquo;un gorille g\u00e9ant d\u00e9truisant des h\u00e9licopt\u00e8res puis faisant un signe aux spectateurs pour montrer qu&rsquo;il \u00e9tait le plus fort. J&rsquo;\u00e9tais effray\u00e9 et je ne comprenais pas pourquoi les gens autour de moi riaient. Je crois avoir retrouv\u00e9 depuis de quel film il s&rsquo;agissait&nbsp;: \u00ab&nbsp;APE&nbsp;\u00bb, une parodie de King-Kong r\u00e9alis\u00e9 par Paul Leder.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/APE.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"400\" src=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/APE.jpg\" alt=\"&quot;Ape&quot; de Paul Leder, 1976\" class=\"wp-image-2503\" srcset=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/APE.jpg 800w, https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/APE-680x340.jpg 680w, https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/APE-500x250.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0Ape\u00a0\u00bb de Paul Leder, 1976<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Tu as eu aussi tr\u00e8s t\u00f4t, d\u00e8s l\u2019adolescence, le d\u00e9sir de faire des films, peux-tu nous parler de tes premi\u00e8res exp\u00e9riences derri\u00e8re la cam\u00e9ra ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A 15 ans je me suis achet\u00e9 une cam\u00e9ra super 8. Je faisais des petites fictions avec des copains. Je me souviens aussi d\u2019un film sur mon chat, dans lequel j&rsquo;avais imagin\u00e9 l&rsquo;un de ses r\u00eaves. J\u2019avais mis un bas sur l\u2019objectif de la cam\u00e9ra pour rendre l\u2019image floue puis j\u2019ai film\u00e9 au ralenti une multitude de fen\u00eatres et de portes qui se fermaient&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Je continue \u00e0 filmer r\u00e9guli\u00e8rement en Super 8, ma famille et mes amis essentiellement. C\u2019est un format amateur assez simple \u00e0 utiliser tout en restant du cin\u00e9ma, avec une image \u00e0 projeter. Mon go\u00fbt pour ce format est aussi li\u00e9 au fait que mes grands-parents filmaient beaucoup en Super 8 (la famille, leurs voyages). Quand, j&rsquo;\u00e9tais enfant nous regardions leurs films chaque No\u00ebl. L&rsquo;image Super 8 a une texture unique, je ne connais rien de plus beau pour garder des souvenirs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Apr\u00e8s ton bac tu t\u2019inscris au d\u00e9partement Cin\u00e9ma de Paris 8 avec Jean Narboni plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 La F\u00e9mis, le \u00abdire\u00bb l\u2019emporte-t-il alors sur le \u00abfaire\u00bb ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Non, je venais d\u2019avoir mon bac \u00e0 Angers. Pour int\u00e9grer la F\u00e9mis, il faut un niveau bac + 2. J\u2019ai donc d\u00e9cid\u00e9 de faire un DEUG avant. La fac de Paris 8 \u00e9tait facile d\u2019acc\u00e8s pour un \u00e9tudiant de province. Il y avait encore un esprit soixante-huitard&nbsp;qui avait ses inconv\u00e9nients mais qui offrait surtout une formidable libert\u00e9, de pens\u00e9e, de parole.&nbsp;J\u2019ai fait des rencontres marquantes.&nbsp;Jean Narboni, qui avait notamment \u00e9t\u00e9 r\u00e9dacteur en chef des Cahiers du Cin\u00e9ma, repr\u00e9sentait pour moi une figure importante de l\u2019histoire de la critique.&nbsp;J\u2019ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 son rapport aux films. Il ne faisait pas de cours magistraux, il nous montrait des films et provoquait l\u2019\u00e9change. Il se mettait en retrait pour faire participer les \u00e9tudiants, sans se placer au-dessus d&rsquo;eux. J\u2019\u00e9tais tellement bien \u00e0 Paris 8 que je n\u2019ai finalement jamais pass\u00e9 le concours de la F\u00e9mis.&nbsp;D&rsquo;ailleurs, Paris 8 \u00e9tait une fac o\u00f9 il y avait pas mal de pratique. Par exemple, j\u2019avais un cours de montage (en 16 mm) avec C\u00e9cile Decugis qui a travaill\u00e9 avec Godard, Truffaut, Rohmer&#8230;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/29-1-a-bout-de-souffle.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/29-1-a-bout-de-souffle.jpg\" alt=\"&quot;A bout de souffle&quot; de Jean-Luc Godard, 1960 Montage: C\u00e9cile Decugis\" class=\"wp-image-2504\" srcset=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/29-1-a-bout-de-souffle.jpg 800w, https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/29-1-a-bout-de-souffle-680x453.jpg 680w, https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/29-1-a-bout-de-souffle-450x300.jpg 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0A bout de souffle\u00a0\u00bb de Jean-Luc Godard, 1960 Montage: C\u00e9cile Decugis<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>C&rsquo;est aussi \u00e0 Paris 8 que j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 mon premier court m\u00e9trage en 16 mm. J\u2019avais eu droit \u00e0 deux bobines de 30 m\u00e8tres (6 min environ). J\u2019ai film\u00e9 un taxidermiste, puis j&rsquo;ai ajout\u00e9 un commentaire en voix off. C\u2019est un film tr\u00e8s inspir\u00e9 du \u00ab Sang des b\u00eates \u00bb de Georges Franju, qui avait \u00e9t\u00e9 un choc pour moi.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/le-sang-des-b\u00eates.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"779\" height=\"583\" src=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/le-sang-des-b\u00eates.png\" alt=\"&quot;Le sang des b\u00eates&quot; de Georges Franju, 1952\" class=\"wp-image-2505\" srcset=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/le-sang-des-b\u00eates.png 779w, https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/le-sang-des-b\u00eates-680x508.png 680w, https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/le-sang-des-b\u00eates-400x300.png 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 779px) 100vw, 779px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0Le sang des b\u00eates\u00a0\u00bb de Georges Franju, 1952<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Un an plus tard, toujours \u00e0 Paris 8, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 \u00ab La ville des chiens \u00bb sur la vieille ville de Goussainville, qui \u00e9tait devenu un v\u00e9ritable village fant\u00f4me depuis la construction de l&rsquo;a\u00e9roport de Roissy. Bref, il \u00e9tait possible de r\u00e9aliser des films dans cette universit\u00e9. Le \u00ab&nbsp;voir&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;dire&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;faire&nbsp;\u00bb allaient ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Que t\u2019inspire la vieille id\u00e9e du critique vu comme un cin\u00e9aste frustr\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y en a s\u00fbrement ! Mais c\u2019est une vision tr\u00e8s n\u00e9gative. Moi, je crois plus \u00e0 l\u2019id\u00e9e de Jean Douchet que la critique est l\u2019art d\u2019aimer.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"891\" src=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/22Lart-daimer22-de-Jean-Douchet-Petite-bibliotheque-des-Cahiers-du-cinema-2003.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15226\" srcset=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/22Lart-daimer22-de-Jean-Douchet-Petite-bibliotheque-des-Cahiers-du-cinema-2003.jpg 600w, https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/22Lart-daimer22-de-Jean-Douchet-Petite-bibliotheque-des-Cahiers-du-cinema-2003-458x680.jpg 458w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>On \u00e9crit pour des raisons contraires \u00e0 la frustration, on \u00e9crit pour formuler des sensations, des id\u00e9es sur les films. Il faut rappeler que quand on \u00e9crit des critiques, on est rarement pay\u00e9. Les critiques gagnent leur vie autrement. C\u2019est par passion qu\u2019on fait \u00e7a,&nbsp;et non par ressentiment&nbsp;!&nbsp;Par ailleurs, m\u00eame si ce n&rsquo;est pas mon cas, je ne suis pas choqu\u00e9 que des critiques ne s&rsquo;int\u00e9ressent pas du tout \u00e0 la pratique. On peut tr\u00e8s bien parler d&rsquo;un film sans savoir en faire.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 que le comit\u00e9 de r\u00e9daction de la revue Trafic me demande d&rsquo;int\u00e9grer la revue. Cette revue mythique a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e notamment par Serge Daney il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9e. Cela correspond \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 mon arriv\u00e9e \u00e0 Paris. Je me revois tr\u00e8s bien achetant le num\u00e9ro 1. Le rythme de parution, trimestriel, permet un recul, une libert\u00e9 par rapport \u00e0 ce qu&rsquo;on appelle \u00ab&nbsp;l\u2019actualit\u00e9 du cin\u00e9ma&nbsp;\u00bb, impos\u00e9e par le rythme des sorties en salles. Fran\u00e7ois Truffaut a d\u00e9fini la politique des auteurs de films, Serge Daney avait, quant \u00e0 lui, l\u2019ambition de proclamer la politique des auteurs de textes sur le cin\u00e9ma. Dans Trafic, c&rsquo;est chaque auteur qui d\u00e9finit ce qui constitue pour lui l&rsquo;actualit\u00e9 cin\u00e9matographique, son actualit\u00e9 de spectateur. \u00c7a peut \u00eatre un film qui vient de sortir aussi bien qu&rsquo;un film muet, une installation d&rsquo;art contemporain autant qu&rsquo;une question esth\u00e9tique qui traverse toute l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"567\" height=\"815\" src=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/trafic-80.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15227\" srcset=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/trafic-80.jpg 567w, https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/trafic-80-473x680.jpg 473w\" sizes=\"auto, (max-width: 567px) 100vw, 567px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Tu participes \u00e0 des actions li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019image notamment dans le cadre du dispositif \u00ab\u00e9cole et cin\u00e9ma\u00bb. Quels sont pour toi les fondements d\u2019une culture cin\u00e9matographique ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce que j\u2019essaie de faire passer aux enfants mais aussi aux adultes, c\u2019est de se sentir tr\u00e8s libre par rapport aux films, sans aucune barri\u00e8re culturelle. Ce n&rsquo;est pas si facile d&rsquo;\u00eatre totalement soi-m\u00eame devant un film, en mettant de c\u00f4t\u00e9 tout ce que l&rsquo;on en sait d\u00e9j\u00e0, en ne se laissant pas \u00e9craser par tout le poids culturel dont il est charg\u00e9. Par exemple, il est toujours tr\u00e8s difficile de voir pour la premi\u00e8re fois un film qui est consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab&nbsp;grand classique&nbsp;\u00bb, parce que notre regard est d\u00e9j\u00e0 conditionn\u00e9 par sa r\u00e9putation. C&rsquo;est d&rsquo;autant plus vrai dans un cadre scolaire. Alors, pour d\u00e9passer \u00e7a, il faut permettre aux \u00e9l\u00e8ves d&rsquo;exprimer le plus librement possible ce qu&rsquo;ils ont ressenti, en leur disant que nous n&rsquo;attendons pas des bonnes ou des mauvaises r\u00e9ponses de leur part, ni m\u00eame qu&rsquo;ils aiment ce qu&rsquo;on leur montre, mais seulement qu&rsquo;ils sachent exprimer leur \u00e9motion ou leur rejet. Il faut donc \u00e9viter les grilles de lecture pr\u00e9\u00e9tablies, les id\u00e9es arr\u00eat\u00e9es. Je pense \u00e0 cette phrase de Truffaut : \u00ab Il faudrait consid\u00e9rer les films comme des \u00eatres vivants \u00bb. Pour moi, \u00e0 chaque film c\u2019est tout le cin\u00e9ma qui se rejoue. Il n\u2019y a pas une conception du cin\u00e9ma qui est plus l\u00e9gitime qu&rsquo;une autre. Je peux aimer avec la m\u00eame force des films tr\u00e8s diff\u00e9rents dans leur vision du cin\u00e9ma, un film n\u00e9o-r\u00e9aliste italien autant qu&rsquo;un film fantastique hollywoodien, un documentaire de Flaherty autant qu&rsquo;un dessin-anim\u00e9 de Tex Avery. C&rsquo;est en cela que le cin\u00e9ma est un art&nbsp;: chaque artiste le r\u00e9invente pour lui-m\u00eame. De m\u00eame, en chaque spectateur chaque film r\u00e9sonne d&rsquo;une fa\u00e7on diff\u00e9rente.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/Tex-Avery.gif\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"609\" src=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/Tex-Avery.gif\" alt=\"&quot;The Cuckoo Clock&quot; Tex Avery, 1950\" class=\"wp-image-2540\"\/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0The Cuckoo Clock\u00a0\u00bb Tex Avery, 1950<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Tu as un lien tr\u00e8s fort avec la maison d\u2019\u00e9dition \u00abYellow Now\u00bb en tant qu\u2019auteur mais aussi en tant que directeur de la collection \u00abC\u00f4t\u00e9s films\u00bb. Qu\u2019est-ce qui t\u2019anime dans cette fonction ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un travail assez beau que d\u2019aider les auteurs \u00e0 accoucher d\u2019un livre. Tout commence par mon propre plaisir de lecteur. Il y a quelques textes sur le cin\u00e9ma qui m\u2019ont autant marqu\u00e9 que des films. Ecrire sur le cin\u00e9ma peut \u00eatre un vrai exercice de cr\u00e9ation. Au d\u00e9part de la collection, on \u00e9tait deux directeurs, je travaillais avec Fabrice Revault qui a \u00e9t\u00e9 un de mes profs \u00e0 Paris 8. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait de proposer \u00e0 des auteurs que l\u2019on aimait d\u2019\u00e9crire sur des films qu\u2019ils aimaient,&nbsp;sans contrainte, sans cahier des charges. Dans cette collection, j\u2019ai \u00e9dit\u00e9 des auteurs qui m\u2019avaient marqu\u00e9 quand j\u2019\u00e9tais \u00e9tudiant.&nbsp;C&rsquo;est assez \u00e9mouvant de continuer de cette fa\u00e7on le \u00ab&nbsp;passage de relais&nbsp;\u00bb. Je pense \u00e0 Narboni, \u00e0 Revault mais aussi \u00e0 Prosper Hillairet qui \u00e9tait un prof passionn\u00e9 et passionnant qui m\u2019avait fait d\u00e9couvrir le cin\u00e9ma exp\u00e9rimental, le cin\u00e9ma underground am\u00e9ricain.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/coeur_fidele.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"360\" height=\"510\" src=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/coeur_fidele.jpg\" alt=\"&quot;Coeur fid\u00e8le de Jean Epstein&quot; de Prosper Hillairet, 2008\" class=\"wp-image-2508\" srcset=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/coeur_fidele.jpg 360w, https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/coeur_fidele-211x300.jpg 211w\" sizes=\"auto, (max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0Coeur fid\u00e8le de Jean Epstein\u00a0\u00bb de Prosper Hillairet, 2008<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Tu es aussi depuis quelques ann\u00e9es programmateur \u00e0 l\u2019auditorium du Mus\u00e9e d\u2019Orsay. En lien avec les expositions du mus\u00e9e, tu r\u00e9alises un travail important de d\u00e9fricheur du cin\u00e9ma des origines.<\/strong><br><strong>Quelle part de contraintes et de libert\u00e9 rencontres-tu dans ce travail ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ma programmation doit avoir un lien, soit avec les expositions du mus\u00e9e, soit avec la p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence (1848-1914). Je peux travailler sur une th\u00e9matique (R\u00eaver d&rsquo;Edgar Allan Poe), sur un cin\u00e9aste (Alice Guy), sur une maison de production (Dans la nuit de la Hammer)&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, en lien avec l\u2019exposition \u00ab L\u2019ange du bizarre \u00bb, on a d\u00e9cid\u00e9 de proposer un sujet de cycle qui puisse exister \u00e0 part enti\u00e8re plut\u00f4t qu&rsquo;une programmation uniquement illustrative du th\u00e8me de l&rsquo;exposition. D&rsquo;autant que le cin\u00e9ma y est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s pr\u00e9sent \u00e0 travers des projections d&rsquo;extraits de films, il ne fallait donc pas \u00eatre redondant. On a donc cherch\u00e9 \u00e0 mettre en valeur une cin\u00e9matographie assez rare, m\u00e9connue du grand public et m\u00eame de certains cin\u00e9philes, en pr\u00e9sentant des films de trois grands auteurs scandinaves : Sj\u00f6str\u00f6m, Christensen et Stiller. Le public \u00e9tait pr\u00e9sent aux s\u00e9ances, on est content d\u2019avoir donn\u00e9 une visibilit\u00e9 \u00e0 ces films, dont certains sont parmi les plus beaux du cin\u00e9ma muet. C&rsquo;est tr\u00e8s satisfaisant de montrer des films rares, et que des gens viennent les voir et les aiment. \u00c7a donne le sentiment de participer un tout petit peu \u00e0 l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une derni\u00e8re question ! Dans le texte de pr\u00e9sentation, au dos de la couverture de ton livre sur Tourneur, on apprend que tu as fait une conf\u00e9rence sur Boby Lapointe \u00e0 des universitaires anglais&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est vrai, j\u2019ai r\u00e9ellement fait une conf\u00e9rence sur Boby Lapointe \u00e0 Manchester&nbsp;! C&rsquo;\u00e9tait pour un colloque consacr\u00e9 \u00e0 la chanson fran\u00e7aise. J\u2019ai r\u00e9pondu \u00e0 une annonce en proposant une contribution sur Boby Lapointe et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 retenu. M\u00eame si j&rsquo;avais face \u00e0 moi un public francophone, l&rsquo;explication de certains jeux de mots \u00e0 des anglais \u00e9tait un vrai d\u00e9fi ! On ne peut pas imaginer un chanteur plus intraduisible que Boby Lapointe.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/hqdefault.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"600\" src=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/hqdefault.jpg\" alt=\"Boby Lapointe et Serge Aznavour dans &quot;Tirez sur le pianiste&quot; de Fran\u00e7ois Truffaut, 1960\" class=\"wp-image-2518\" srcset=\"https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/hqdefault.jpg 800w, https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/hqdefault-680x510.jpg 680w, https:\/\/lafilledecorinthe.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/hqdefault-400x300.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Boby Lapointe et\u00a0Charles Aznavour dans \u00ab\u00a0Tirez sur le pianiste\u00a0\u00bb de Fran\u00e7ois Truffaut, 1960<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>J\u2019aime bien la chanson m\u00eame si j\u2019ai un rapport d\u2019amateur avec cet art.&nbsp;Je me suis beaucoup amus\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser des petits clips en Super 8 pour le chanteur <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=hV3BSrTIARw\">Athanase Granson<\/a> et le groupe <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=0D5UndbBv3Y\">Like billy-ho<\/a>&nbsp;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marcos me re\u00e7oit dans la pi\u00e8ce principale de son appartement. Des rayonnages de DVD, de livres et de revues tapissent les murs, une table dispara\u00eet sous une montagne de documents. 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